Introduction: vers un nouveau contrat social entre sciences et société

La promotion de la culture fait l’objet de nombreux débats en Suisse depuis les années 1970.  A l’heure où s’élabore une Loi fédérale sur l’encouragement de la culture (LEC), nous souhaitons attirer l’attention sur une composante insuffisamment valorisée de ce que devrait être à nos yeux une politique culturelle moderne, adaptée à l’évolution d’une société dans laquelle les applications issues des avancées de la recherche jouent un rôle crucial: l’encouragement de la culture scientifique, que nous définirons plus précisément comme une culture de sciences citoyennes. «Sciences» au pluriel, car ce riche domaine comprend aussi bien les sciences de la nature que les sciences  humaines et sociales; «citoyennes», car il est vital de partager les savoirs, de les mettre en débat pour les faire entrer en démocratie, de formuler un nouveau contrat social entre sciences et société.

La culture scientifique et technique s’est fortement développée dans plusieurs pays occidentaux depuis une trentaine d’années. Ce phénomène résulte de la prise de conscience publique d’un décalage entre la rapide évolution des sciences, avec leurs applications techniques, et les capacités des citoyens et des responsables politiques à comprendre cette évolution pour la maîtriser. En Suisse, cette prise de conscience s’est faite plus tardivement, il y a seulement une dizaine d’années, suite notamment à l’électrochoc de la votation sur le génie génétique (vous trouverez à la fin de ce  manifeste un échantillon des initiatives récentes de culture scientifique en Suisse romande).  En raison de sa grande jeunesse, la culture scientifique suisse mérite plus qu’ailleurs une attention  et un soutien importants.

Le dialogue entre sciences et société s’est considérablement intensifié en Suisse depuis plusieurs années, et notamment en Suisse romande dans les musées. Ces deux dernières décennies ont vu se créer des expositions abordant des thèmes liés aux préoccupations de l’actualité: changement climatique, nouvelles technologies, catastrophes, mouvements sociaux, atteintes à la biodiversité, etc. Dans leur prolongement, les musées et hautes écoles organisent de plus en plus souvent des programmes d’activités éducatives et culturelles qui multiplient les modes de lecture et de mise en débat: cinéma, forums, ateliers, conférences, sites Internet, interventions dans les écoles, cafés scientifiques, manifestations artistiques.

Cette évolution est réjouissante, mais il reste de nombreux problèmes à résoudre pour la consolider, la pérenniser. C’est le but de ce Manifeste dont les constats et propositions, à découvrir ci-après, s’adressent aux différents acteurs de la vie culturelle et politique.

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